Sécurité globale VS Démocratie (suite)

Laurent Mauduit (Mediapart), au rassemblement du Trocadéro (Paris), le samedi 21 novembre 2020 / (c) Ishta

"Un symbole de la démocratie"

Communiqué de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP)

La commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, composée de journalistes et d'éditeurs de presse en activité dans tous les secteurs, tient à rappeler, dans le contexte actuel, une évidence.
La carte de presse, délivrée sur des critères légaux, se suffit à elle-même pour démontrer sa qualité de journaliste professionnel sans autre formalité de quelque sorte, accréditation notamment (c'est vrai aussi en ces périodes de confinement).
La CCIJP ajoute que si cette carte d'identité, document officiel, peut être montrée par exemple à tout membre des forces de l'ordre, elle ne doit en aucun cas être remise et laissée à des personnes étrangères à celle ou celui qui la détient.
Attribut du statut de journaliste, elle démontre la qualité du journaliste professionnel ; outil de travail, elle facilite son activité sur le terrain et le protège ; elle est par ailleurs un outil social qui permet au journaliste de faire valoir ses droits (dans les entreprises de presse, au chômage, etc...) tout en respectant des devoirs (chartes de déontologie) ; elle est enfin un symbole de la démocratie.
 
Paris le 23 novembre 2020
 
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Rassemblement du Trocadéro

Paris, le 21 novembre 2020 / Stop à la PPL Sécurité globale

Tout un symbole ! À Paris, le parvis des Droits de l’homme, où devait se dérouler le rassemblement contre la loi sur la "sécurité globale", était barricadé de grilles, ce samedi 21 novembre 2020 après-midi. La veille, le préfet de police Didier Lallement interdisait cet espace aux manifestants. Ce qui n’a pas empêché, malgré un lourd dispositif policier rendant l’accès au Trocadéro difficile, plus de 10.000 journalistes, défenseurs des libertés, militant.e.s écologistes, politiques, syndicalistes, féministes ou gilets jaunes de se rassembler.
 
A Lorient (56), quelque 2000 personnes ont manifesté / (c) Raphaël Baldos

A Rennes, plus d’un millier de manifestants se sont réunis place de la République, selon les organisateurs. De nombreux jeunes étaient présents avec des pancartes "Baissez vos armes, nous baisserons nos téléphones", "L’appareil photo, lui, n’a jamais tué personne", "Loi totalitaire globale" ou "1984 n’était pas censé être un mode d’emploi".
 
(c) Raphaël Baldos, à Lorient (56)

A Montpellier, au moins 3000 personnes ont défilé en fin de matinée, avec également de nombreux slogans comme "Police sans contrôle, population sous contrôle". A Bordeaux, plus de 1000 manifestants ont défilé derrière une banderole "Vous ne confinerez pas notre colère / Stop à la loi sécurité globale" le long des quais de la Garonne et vers le centre-ville.
A Nice, ils étaient environ un millier à défiler. Quelque 2000 personnes ont manifesté à Lorient, environ 1500 à Saint-Étienne et 500 au Puy-en-Velay...
 
(c) Raphaël Baldos, à Lorient (56)
 
 
(c) Raphaël Baldos, à Lorient (56)
 
Les rassemblements du samedi 21 novembre vus par Le Monde et par Mediapart (article intégral en fin de billet, ci-dessous).
 
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« Monsieur le Président, nous n’avons pas voté pour ça » : 33 personnalités demandent le retrait des projets de loi « sécurité globale » et « séparatismes »

Cet appel publié par Mediapart est signé notamment par le cinéaste Costa-Gavras, la dramaturge Ariane Mnouchkine et le politologue Olivier Roy.

Le Monde

Paris. Manifestation contre la loi « sécurité globale » près du Trocadéro le samedi 21 novembre. Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées en France contre l'adoption de cette loi. Vers 17 heures, la place était remplie.

Trente-trois personnalités ayant voté pour Emmanuel Macron en 2017 lui ont demandé, dimanche 22 novembre, de retirer ses projets sur la « sécurité globale » et contre les « séparatismes », qui, à leurs yeux, font « reculer les libertés d’information, d’opinion, de croyance, d’éducation, d’association, de manifestation et de contestation »

« Monsieur le Président, nous n’avons pas voté pour ça » : cet appel publié dimanche par Mediapart est signé de personnalités très diverses de la société civile. Parmi elles, l’avocat William Bourdon, le cinéaste Costa-Gavras, la dramaturge et cinéaste Ariane Mnouchkine, le politologue Olivier Roy, le député et mathématicien Cédric Villani ou encore l’ex-footballeur Lilian Thuram, président de la Fondation Education contre le racisme.

Lire aussi « Séparatisme », état d’urgence… Le tour de vis sécuritaire du gouvernement inquiète jusque dans la majorité

« Un Etat autoritaire, où l’Etat de droit devient un Etat de police »

« Au prétexte d’une illusoire sécurité face aux désordres du monde, le gouvernement et la majorité qui agissent en votre nom sont en train de restreindre nos libertés fondamentales », estiment-ils. Les projets de « sécurité globale » et contre les « séparatismes », « confortant les principes républicains », font reculer ces libertés, selon les signataires.

« Laisser faire cette atteinte à nos libertés et à nos droits, c’est installer ce dont l’extrême droite néo-fasciste rêve : un Etat autoritaire, où l’Etat de droit devient un Etat de police, criminalisant les mobilisations de la société et certaines revendications populaires. »

La loi de « sécurité globale », en discussion au Parlement, entend pénaliser la diffusion malveillante de photographies de policiers lors de manifestations. Plusieurs rassemblements ont eu lieu, samedi 21 novembre, en France contre celle-ci, dont l’article 24 concentre de très vives critiques de la part des journalistes français, qui y voient un risque d’entrave à la liberté d’informer.

La loi destinée à lutter contre les séparatismes et l’islam radical entend, quant à elle, renforcer les règles de la laïcité et sanctionner les informations mettant en jeu la vie d’autrui, mais elle est jugée par l’opinion publique de certains pays musulmans comme islamophobe.

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Monsieur le Président, nous n’avons pas voté pour ça

Dans un appel confié à Mediapart, trente-trois personnalités de la société civile ayant voté pour Emmanuel Macron en 2017 lui demandent le retrait de projets de lois qui font «reculer les libertés d’information, d’opinion, de croyance, d’éducation, d’association, de manifestation et de contestation».

En 2017, nous avons voté pour vous. Certains dès le premier tour en adhérant à votre promesse d’une rupture libérale et progressiste avec des politiques autoritaires et conservatrices. Les autres au second tour pour faire barrage à la candidature d’une extrême-droite nationaliste, xénophobe et raciste.

C’est au nom de ces votes que nous vous interpelons, dans la diversité de nos sensibilités. Car, au prétexte d’une illusoire sécurité face aux désordres du monde, le gouvernement et la majorité qui agissent en votre nom sont en train de restreindre nos libertés fondamentales. Celles qui garantissent la vitalité de la démocratie française, permettant la libre expression des critiques, protestations et oppositions. 

Les projets de lois dites « Sécurité globale » et « Séparatisme », devenue « Loi confortant les principes républicains », font en effet reculer les libertés d’information, d’opinion, de croyance, d’éducation, d’association, de manifestation et de contestation. Toutes celles et tous ceux qui défendent ces droits le disent et s’en alarment, de la Commission consultative des droits de l’homme à la Défenseure des droits, sans oublier les organisations internationales.

Monsieur le Président, laisser faire cette atteinte à nos libertés et à nos droits, c’est installer ce dont l’extrême-droite néo-fasciste rêve : un État autoritaire où l’État de droit devient un État de police, criminalisant les mobilisations de la société et certaines revendications populaires. Si vous n’empêchez pas cette perdition, vous porterez la terrible responsabilité historique d’avoir fait la courte échelle aux idéologies mortifères contre lesquelles vous avez été élu ; et à votre tour, vous serez emporté et ne pourrez plus rien empêcher.

C’est pourquoi nous vous demandons avec force et gravité d’interrompre cette course à l’abîme en vous opposant à ces lois liberticides et à cette exacerbation des déchirures de notre société. Car elles abîment la République dont la promesse d’égalité des droits est indissociable de son exigence démocratique et sociale, inscrite dans notre Constitution.

Olivier Abel, philosophe
Régis Aubry, médecin, membre du Comité consultatif national d’éthique
Pascal Beauvais, juriste, membre de la CNCDH
Julien Bétaille, juriste
William Bourdon, avocat
Vincent Brengarth, avocat
Michel Broué, mathématicien
Dominique Cardon, sociologue
Paul Cassia, juriste
Patrick Chamoiseau, écrivain
Hélène Cixous, écrivaine
Constantin Costa-Gavras, cinéaste
Christophe Deltombe, avocat honoraire
Jacques Donzelot, sociologue
Geneviève Garrigos, ancienne présidente d’une ONG
Christine Lazerges, juriste, ancienne présidente de la CNCDH
Michel Lussault, géographe
Sébastien Mabille, avocat
Philippe Meirieu, pédagogue
Jean-Pierre Mignard, avocat
Ariane Mnouchkine, metteur en scène de théâtre
Olivier Mongin, écrivain
Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue
Raphaële Parizot, juriste
Joël Roman, philosophe
Olivier Roy, politologue
Valérie Sagant, magistrate
Jean-Louis Schlegel, éditeur
Lucile Schmid, haut-fonctionnaire
Didier Sicard, médecin, ancien président du Comité national d’éthique
Lilian Thuram, Président de la Fondation Éducation contre le racisme
Georges Vigarello, historien
Cédric Villani, député, médaille Fields

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A Paris, des milliers de manifestants pour contrer la «dérive liberticide» du pouvoir

Par et

Au moins 10 000 personnes se sont rassemblées place du Trocadéro, samedi, afin de dénoncer la proposition de loi sécurité globale. « Il est essentiel que la liberté d’informer ne soit pas piétinée », ont clamé les organisateurs.

Le gouvernement est-il conscient des symboles qu’il fabrique ? Tout l’après-midi, en ce samedi 21 novembre, le parvis des droits de l’homme, dans le XVIe arrondissement de Paris, était désert, rendu inaccessible par de lourdes barrières grillagées, et seulement occupé par une poignée de gendarmes mobiles. Au loin, derrière les barrages policiers, s’élevait la tour Eiffel, comme cadenassée.

C’est dans ce décor – immanquable pour les dizaines de photographes présents – que s’est déroulé le rassemblement contre la proposition de loi sécurité globale, en cours de discussion à l’Assemblée, et dont le très controversé article 24 sur l’interdiction de diffusion d’images identifiables de policiers avait été voté la veille au soir.

À l’appel d’une soixantaine d’organisations, la Ligue des droits de l’homme, Amnesty international, syndicats de journalistes et sociétés des journalistes (SDJ) de nombreux médias notamment, des manifestations ont eu lieu dans toute la France, après les premiers rassemblements mardi 17 novembre.

À Paris, plusieurs milliers de personnes (plus de 10 000 assurément, et autour de 25 000 selon les organisateurs) ont largement rempli la place du Trocadéro, malgré la muraille de barrières de police la fermant presque totalement. Aux quelques entrées aménagées par les forces de sécurité, le contrôle des sacs était la règle. Plusieurs manifestants se sont vu confisquer leur matériel de protection. Comme d’autres, une journaliste y a perdu son masque à gaz, et elle avait du mal à s’en remettre encore de longues minutes plus tard : « J’ai failli finir au poste alors que je suis dans mon droit ! Je suis scandalisée, j’en tremble… »

Seul un petit camion sono aux couleurs de la CGT faisait office de point de rassemblement, mais les manifestants ont rivalisé d’inventivité pour orner les nombreuses pancartes. « Liberté, égalité, floutés » ; « Démocratie floutée » ; « All drones are bastard », détournement du slogan antipoliciers « Acab » ; « Même l’ONU dit que ça pue », en référence aux critiques du haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies ; et « La démocratie meurt dans l’obscurité » sur la pancarte portée par des salariés de Mediapart, qui avait exceptionnellement appelé à manifester (voir notre Boîte noire).

Sur la place, pas seulement des journalistes, loin de là. Un petit groupe de gilets jaunes occupe l’endroit depuis plusieurs heures déjà. Et partout, des citoyens inquiets de ce qu’ils décrivent comme une dérive autoritaire inédite du pouvoir, qui pourrait cibler tous ceux qui filment dans les manifestations ou qui font circuler des images de dérives policières.

  Les références à George Orwell étaient partout dans la manifestation.

Sous leur carton siglé « Big Macron is watching you », les trentenaires Jean-Baptiste, marbrier, et Sophie, professeure des écoles, estiment devoir être présents, eux qui ont commencé à manifester régulièrement depuis le mouvement de contestation contre la réforme des retraites, en décembre 2019. « Nous n’avons pas vraiment d’autres moyens de nous faire entendre », disent-ils. Leurs mots sont durs pour dénoncer les mesures de « protection » des policiers, mais aussi la généralisation de la surveillance des manifestations par drone ou les attaques à venir contre la loi de 1881 sur la liberté d’expression.

« Pour nous, empêcher les journalistes de travailler, en sous-entendant qu’il ne faut pas rendre identifiables les policiers, c’est le pas de trop, déclare Jean-Baptiste. On a le sentiment que tout le monde peut déjà être visé par une garde à vue, pour peu qu’il manifeste. Si la presse est désormais aussi une cible, cela devient vraiment dangereux. Le chemin est grand ouvert pour nous mener à un État policier. »

Claire, elle, est infirmière, et militante depuis peu du mouvement écologiste Extinction Rebellion. Elle aussi brandit une pancarte en référence à l’écrivain George Orwell, qui clame : « La dictature peut s’installer sans bruit. » Elle craint « une loi liberticide, qui pourra être interprétée de plein de façons, n’importe comment ». « Avec ce gouvernement, les manifestations sont de plus en plus réprimées, et toujours plus violemment. Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, ce que je n’espère pas, tout sera prêt pour elle », s’inquiète-t-elle.

« Nous sommes étudiants, et en colère », résument pour leur part Jessica, Nicolas et Floriane. « On ne manifeste pas si souvent que ça, mais il est temps », estiment-ils, catastrophés par « les atteintes à venir contre la liberté d’informer » et jugeant « déloyal » de la part du gouvernement de faire passer un tel texte pendant le confinement. Ils rappellent le rôle de la presse dans le dévoilement de l’affaire Benalla, et la juge « indispensable lorsqu’il s’agit de prouver l’existence de violences policières ».

Ces déclarations ont de quoi réconforter les organisateurs, qui se sont succédé dans les prises de parole (le président de Mediapart Edwy Plenel est également intervenu). « Il est essentiel que la liberté d’informer ne soit pas piétinée », a résumé Nicolas Krameyer, chargé des libertés pour Amnesty, sans oublier de dénoncer une loi consacrant une « surveillance généralisée ». « Les journalistes sont les derniers remparts pour la liberté, alors on se met tous derrière eux », a lancé l’avocat Arié Alimi, représentant de la LDH.

S’adressant au ministre de l’intérieur Gérald Darmanin et à Emmanuel Macron, Emmanuel Vire, le dirigeant de la branche des journalistes de la CGT, les a exhortés à lire les articles publiés à l’étranger : « Il n’y a qu’en France qu’on a ces problèmes de maintien de l’ordre. En Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, les confrères journalistes hallucinent, c’est inexplicable ce qui se passe ici ! »

Son homologue Emmanuel Poupard, à la tête du SNJ, premier syndicat de la profession, a jugé que « la France est en train de violer le droit international » : « Il y a une tentative nette du ministre de l’intérieur de tenir les stylos des journalistes, leurs caméras et leurs images. »

Ce sentiment est partagé par un grand nombre de journalistes sur place, et en premier lieu ceux dont le métier est de faire des images. Raphaële Shapira est membre du bureau de la SDJ de France 2. « On sent qu’il y a une vraie inquiétude collective, confie-t-elle. Une ligne a été franchie, et j’espère que cela va déclencher une réaction forte et unie de la profession. » Elle se félicite de la prise de position collective des directions de nombreuses rédactions s’opposant à la volonté affichée du ministre de l’intérieur de limiter la liberté de la presse.

À ses côtés, Élise, reporter pour « Envoyé spécial », mesure les conséquences concrètes de cette loi si elle était appliquée : « J’ai réalisé des enquêtes sur les violences policières, et je ne pourrai plus le faire : la matière première de ces reportages, ce sont les images tournées par des amateurs, puisqu’il est rare qu’on tombe sur des scènes de violence policière quand on débarque avec une caméra. »

Et même si l’article 24 tel qu’il a été voté entend garantir les libertés fondamentales, « on sait bien comment ça va se passer », juge la journaliste : « Quand on travaille sur ce type de sujets sensibles, les services juridiques sont là pour protéger les chaînes de télévision de toutes poursuites éventuelles. On va donc s’autocensurer pour éviter tout risque, c’est dramatique. »

D’autres professionnels de la caméra sont encore plus inquiets. Pascal, Laurent et Pierre-Olivier, tous quinquagénaires, sont documentaristes, vendant leurs films aux chaînes publiques. « On a tous fait des films avec la police », glissent-ils. Ils anticipent déjà les obstacles qui pourraient se dresser devant eux : « Nous n’avons pas de carte de presse, et on va commencer à nous refuser de filmer dans les manifestations. Qu’est-ce qu’on fera alors ? On filmera en caméra cachée, comme dans les dictatures… »

« En tant que documentaristes, nous revendiquons le droit de décrire la réalité avec un regard, une sensibilité particulière, insistent-ils. Pour préparer nos films, nous passons notre temps à écrire des notes d’intention. Nous n’avons aucune envie qu’un juge vienne décider si nos intentions sont bonnes ou non ! »

Les premières tensions entre la police et les manifestants arrivent peu avant 17 heures. Les premières bouteilles sont jetées sur les cordons de policiers. « Flics, violeurs, assassins », entend-on, alors que de nombreuses caméras sont braquées sur une poubelle brûlée. Les manifestants décidés à en découdre sont très jeunes. Habillés en noir, ils saisissent au sol des projectiles pour les lancer sur les policiers qui bloquent la rue. Julien, troubadour gilet jaune grimé en Dark Vador, chante : « À bas l’État policier ! », sur un air repris à Dominique Grange, égérie de Mai-68.

À 18 heures, les canons à eau de la police sont en position. Un groupe d’une vingtaine de jeunes danse sur de la musique électronique. « On représente les “free party”, on veut danser librement sans se faire matraquer et gazer », explique un jeune homme 18 ans, qui se présente par son « blase de teuf », Malaba. Les canons à eau inondent la rue, les danseurs et les manifestants à plusieurs reprises.

Les CRS avancent pour faire reculer les derniers participants. Matraque à la main, certains s’en servent pour intimider un jeune homme en train de filmer. Ils sont plusieurs à tourner des images. « Je ne filme par pour moi, précise Janvion, 38 ans. Les images sont diffusées sur la page Facebook “Soutien à tous les gilets jaunes en prison”. Leur loi va passer, mais on va continuer à filmer, même en direct. »

Il est 18 h 30, la plupart des manifestants de l’après-midi sont rentrés. Il reste quelques centaines de jeunes devant la majestueuse entrée de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Un syndicaliste de Sud, gilet rose sur le dos, crie devant les barricades : « Ils nous nassent, c’est complètement illégal. On est déjà dans un État fasciste ! » Derrière la barrière, un policier filme la foule avec une caméra au bout de son trépied.

Mais ce sont d’autres images que beaucoup garderont de cette journée. Par exemple celle-ci : devant les grilles barrant l’accès à la tour Eiffel, se sont installés les cuivres et les percussions de la Fanfare invisible, au rendez-vous de toutes les mobilisations et capable de jouer sans broncher sous les gaz lacrymogènes. Au son tranchant de Bella Ciao, ils font danser une bonne centaine de personnes.

Dans l’après-midi, David Dufresne, le journaliste qui recense méticuleusement les violences policières depuis des mois, a résumé simplement le sentiment de beaucoup de ceux qui se sont rassemblés dans la foule : « Putain, ça fait du bien. »

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